Vous avez peut-être entendu parler de l’EMDR sans vraiment savoir si c’est quelque chose qui vous concerne. Peut-être qu’une personne de votre entourage en a parlé en bien, peut-être que vous avez fait quelques recherches en cherchant des pistes face à une anxiété qui dure. Et quelque part, la question s’est posée : est-ce que ça pourrait être pour moi ?
Cet article ne prétend pas y répondre à votre place. Mais il peut peut-être vous aider à y voir un peu plus clair — sur ce que l’EMDR peut apporter, dans quelles situations il est souvent proposé, et quand il ne l’est pas. Si vous souhaitez d’abord comprendre ce qu’est l’EMDR et comment se déroule une séance, vous trouverez tout cela dans cet article.
L’anxiété, ce n’est pas toujours “juste du stress”
L’anxiété dont il est question ici, ce n’est pas nécessairement le trac avant une présentation ou une inquiétude passagère face à une situation difficile. C’est peut-être plutôt cette sensation qui revient souvent, sans toujours s’expliquer. Des situations que l’on commence à éviter. Une vigilance un peu constante, difficile à mettre de côté. C’est celle qui occupe une place dans votre vie que vous ne lui avez pas donnée.
Ce type d’anxiété a parfois une histoire, pas forcément un événement marquant et identifiable, parfois des choses plus discrètes, plus diffuses. Des périodes, des relations, des contextes qui ont peut-être laissé une empreinte. Et le corps, lui, s’en souvient à sa façon.
C’est sur cette dimension-là que l’EMDR peut, dans certains cas, avoir quelque chose à offrir.
Ce pour quoi l’EMDR a fait ses preuves
L’EMDR a été développé initialement pour accompagner des personnes ayant vécu des événements traumatiques : agressions, accidents, violences, deuils brutaux. Sur ce terrain, les recherches sont assez solides pour que des institutions comme l’Organisation Mondiale de la Santé en reconnaissent l’efficacité.
Dans la pratique clinique, les thérapeutes formés à l’EMDR l’utilisent aussi auprès de personnes qui souffrent d’anxiété sans avoir vécu de trauma majeur identifiable et les résultats semblent souvent encourageants.
L’EMDR ne part pas d’un diagnostic. Il travaille plutôt sur des souvenirs, des expériences passées, des façons de se percevoir qui se sont construites avec le temps — “je dois rester sur mes gardes”, “je ne suis pas à la hauteur”, “quelque chose va forcément mal tourner”, « je suis en danger ». Quand ces convictions profondes alimentent l’anxiété du quotidien, les explorer peut parfois changer quelque chose de durable.
Dans quelles situations l’EMDR est-il souvent proposé ?
Il n’y a pas de réponse universelle à cette question, chaque parcours est différent. Mais voici quelques situations dans lesquelles cette approche est fréquemment envisagée :
- Des événements passés qui semblent encore peser. Pas nécessairement quelque chose de spectaculaire. Parfois une enfance marquée par l’instabilité, une relation épuisante, une période où il a fallu s’adapter à beaucoup de choses à la fois. Ce qui compte, c’est moins la nature de l’événement que la trace qu’il a laissée.
- Des réactions qui semblent disproportionnées. Vous vous retrouvez submergé.e, tendu.e ou envahi.e dans des situations qui, intellectuellement, ne semblent pas le justifier. Ce décalage peut être le signe que quelque chose de plus ancien est encore actif.
- La sensation de comprendre sans pouvoir changer. Vous avez peut-être déjà réfléchi à tout ça, mis des mots dessus, fait un chemin. Et pourtant quelque chose reste. L’EMDR travaille sur une dimension que la parole seule n’atteint pas toujours : la mémoire émotionnelle, ce que le corps a enregistré.
- Des peurs très ancrées et très ciblées. Peur de prendre l’avion, de conduire après un accident, de certains contextes sociaux depuis une expérience difficile. Ces réactions-là répondent souvent assez bien à un travail en EMDR
Et quand l’EMDR n’est peut-être pas la bonne piste ?
C’est une question qui mérite d’être posée aussi.
L’EMDR demande une certaine stabilité intérieure pour être abordé sereinement. Si vous traversez une période particulièrement difficile, si vous avez du mal à vous ancrer dans le moment présent, un thérapeute sérieux prendra d’abord le temps de construire ces appuis avec vous avant d’aller plus loin. Ce n’est pas un obstacle, c’est simplement une étape.
L’EMDR n’est pas non plus la seule voie possible. D’autres approches — thérapies cognitivo-comportementales, thérapies d’inspiration psychanalytique, approches somatiques — peuvent être tout aussi pertinentes selon les personnes et les histoires. Ce qui compte avant tout, c’est de trouver un espace thérapeutique dans lequel vous vous sentez en confiance.
Ce que l’EMDR ne promet pas
Pas de transformation rapide, pas d’effacement de la mémoire, pas de résultat garanti.
Ce que des personnes ayant suivi un travail en EMDR décrivent parfois, c’est une forme de distance par rapport à des souvenirs qui pesaient : “je sais que c’est arrivé, mais ça n’a plus le même effet sur moi”. Une anxiété qui perd de son intensité. Des situations qui redeviennent un peu plus gérables au quotidien.
C’est rarement spectaculaire à décrire. Mais pour certaines personnes, c’est un changement qui compte vraiment.
Par où commencer ?
Si vous souhaitez explorer cette piste, le premier pas est de consulter un professionnel de santé mentale formé à l’EMDR. Un premier entretien permettra d’évaluer ensemble si cette approche correspond à votre situation — et si ce n’est pas le cas, un bon thérapeute pourra vous orienter vers ce qui l’est davantage.
En conclusion
L’anxiété a souvent des racines plus profondes que ce qu’elle laisse voir en surface. L’EMDR est l’une des approches qui cherche à travailler à ce niveau-là, pas uniquement sur les symptômes, mais sur ce qui les alimente.
Est-ce que ce sera la bonne piste pour vous ? Il n’y a pas de réponse générale à cette question. Cela dépend de votre histoire, de ce que vous traversez, de ce que vous cherchez, et de ce qui résonne pour vous.
Ce qui est certain, c’est qu’une anxiété persistante mérite d’être écoutée — par vous d’abord, et si vous le souhaitez, avec l’aide d’un professionnel. L’EMDR peut faire partie des chemins possibles. Comme d’autres approches peuvent l’être aussi.
Il n’y a pas qu’un seul chemin qui mène au même endroit pour tout le monde.
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