Le perfectionnisme peut parfois sembler être un atout : il pousse à donner le meilleur de soi, à être organisé, à viser l’excellence. Beaucoup de personnes perfectionnistes sont d’ailleurs perçues comme fiables, investies et compétentes. Pourtant, ce fonctionnement peut aussi devenir lourd à porter lorsqu’il se transforme en exigence permanente, en besoin de contrôle ou en peur constante de mal faire.
Peu à peu, ce qui semblait être une force devient une source d’anxiété, de tension intérieure et de fatigue émotionnelle. Beaucoup décrivent la même sensation : celle de ne jamais pouvoir relâcher la pression, même lorsque les résultats sont bons.
Comprendre d’où vient ce mécanisme et comment il fonctionne permet de s’en libérer petit à petit, avec douceur et réalisme.
Pourquoi devient-on perfectionniste ?
Le perfectionnisme n’est pas un choix conscient. Il se construit progressivement, au fil des expériences, des environnements et des messages plus ou moins explicites reçus au cours de la vie.
Un moyen de se sentir en sécurité
Pour certaines personnes, être irréprochable a longtemps été un moyen de se protéger. Protéger son estime de soi, éviter la critique, obtenir l’approbation ou simplement se sentir digne d’attention.
Dans certains contextes familiaux ou scolaires, l’erreur est perçue comme un échec plutôt que comme une étape d’apprentissage. L’enfant comprend alors que pour ne pas être jugé ou pour être valorisé, il doit exceller. Ce fonctionnement s’installe et devient automatique à l’âge adulte.
Des exigences internes très élevées
Le perfectionnisme s’ancre aussi dans une forme d’idéal personnel. Certaines personnes se fixent spontanément des standards très élevés, non par orgueil, mais parce qu’elles associent la performance à la valeur personnelle.
“Si je réussis, je suis quelqu’un de bien. Si je fais une erreur, je deviens insuffisant.”
Ce glissement entre “faire” et “être” crée une pression très forte.
Une attention très sensible au regard des autres
Enfin, le perfectionnisme se nourrit souvent de la peur du jugement. L’idée que les autres attendent beaucoup, ou que l’on doit absolument être à la hauteur, pousse à un contrôle constant de son image, de ce que l’on produit ou de ce que l’on renvoie.
Cette vigilance peut devenir émotionnellement épuisante.
Comment le perfectionnisme génère-t-il de l’anxiété ?
Le perfectionnisme crée un fonctionnement interne très exigeant, qui alimente naturellement le stress. Il ne s’agit pas d’un trait de caractère isolé, mais d’un véritable système d’habitudes, de pensées et d’émotions qui s’auto-entretient.
La peur omniprésente de l’erreur
Pour une personne perfectionniste, une erreur n’est pas simplement un ajustement à corriger : elle peut être vécue comme une menace pour l’image de soi ou pour la relation aux autres.
Cette peur transforme des situations du quotidien (envoyer un mail, rendre un projet, prendre une décision) en défis anxiogènes. L’esprit anticipe le pire, et cette anticipation crée de l’angoisse avant même d’agir.
L’impression de ne jamais faire assez
Même après un travail réussi, l’attention se tourne naturellement vers les détails imparfaits ou ce qui aurait pu être amélioré.
Cette tendance à minimiser les réussites et à amplifier les imperfections devient un carburant pour l’anxiété, qui reste en veille permanente.
Une auto-critique très présente
Le dialogue intérieur peut devenir très dur, parfois même plus dur qu’un regard extérieur ne le serait jamais. Les pensées du type “Tu aurais dû mieux faire” ou “Ce n’est pas suffisant” entretiennent une pression interne constante.
Cette sévérité envers soi-même réduit l’estime personnelle et nourrit une inquiétude diffuse.
Le surcontrôle ou l’évitement
Pour éviter l’erreur, certaines personnes perfectionnistes vont travailler énormément, vérifier chaque détail, relire indéfiniment. D’autres, à l’inverse, vont procrastiner : l’idée de commencer une tâche imparfaitement est trop anxiogène.
Ces deux stratégies, bien qu’opposées, ont le même effet : elles renforcent le perfectionnisme et l’anxiété qui l’accompagne.
Comment assouplir ce mécanisme et retrouver de la sérénité ?
Il n’est pas question de renoncer à la qualité ou à l’ambition. Il s’agit plutôt d’apprendre à faire de la place à l’erreur, à l’imperfection, à l’humain — et à développer une relation plus douce avec soi-même.
Développer l’autocompassion
L’autocompassion ne consiste pas à se trouver des excuses, mais à reconnaître que l’on a le droit d’être imparfait, d’avoir des limites, d’apprendre.
Cela demande de s’adresser à soi-même avec chaleur et compréhension, comme on le ferait avec quelqu’un que l’on aime.
Cette attitude favorise la détente émotionnelle et réduit la sévérité de l’auto-critique.
Ajuster progressivement ses standards
On peut apprendre à distinguer les situations qui nécessitent réellement de la précision et celles où l’on peut lâcher prise.
Par exemple :
- rendre un travail lorsqu’il est bon, même s’il n’est pas parfait,
- accepter qu’une erreur ponctuelle ne remet pas tout en question,
- définir un niveau “suffisamment bien” selon le contexte.
Ces petits pas répétés permettent au système anxieux de s’apaiser.
Se réconcilier avec l’erreur
L’erreur peut devenir un espace d’apprentissage plutôt qu’une menace. On peut s’entraîner à faire volontairement certaines choses “à 80 %”, ou à tolérer l’inconfort de ne pas tout contrôler.
Peu à peu, cette exposition montre que les conséquences redoutées ne se produisent pas et que l’on reste digne, apprécié, compétent… même sans la perfection.
Apprendre à flexibiliser ses pensées
Il s’agit d’entraîner l’esprit à adopter un point de vue plus souple.
Par exemple :
- “Et si réussir n’exigeait pas la perfection ?”
- “Et si ce que je considère comme insuffisant suffisait pour les autres ?”
- “Et si j’étais capable d’avancer sans tout contrôler ?”
Cette flexibilité mentale réduit la rigidité qui entretient le perfectionnisme.
Vers une relation plus douce avec soi-même
Sortir d’un perfectionnisme anxiogène ne se fait pas du jour au lendemain. C’est un chemin, fait de prises de conscience, de petits ajustements, parfois de résistances, mais aussi de progrès concrets et de moments d’apaisement.
L’objectif n’est pas de devenir moins exigeant, mais de devenir plus humain avec soi-même. De reconnaître que la valeur personnelle ne se mesure pas à la performance.
En apprenant à accueillir ses limites, à célébrer ce qui a été fait plutôt que ce qui manque, et à se parler avec plus de douceur, on ouvre la voie à plus de liberté, plus de confiance et plus de sérénité.
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