Comment les émotions influencent-elles nos prises de décision ?

Quand nous devons faire un choix, que ce soit pour acheter une nouvelle voiture, changer de travail ou même décider quoi manger ce soir, on pourrait croire que notre cerveau se base uniquement sur la raison, sur les faits et les chiffres. Mais en réalité, nos émotions jouent un rôle plus important qu’on ne le pense dans nos prises de décision. Que vous en soyez conscient ou non, nos sentiments influencent, orientent et parfois même dirigent nos choix. Mais pourquoi et comment ? C’est ce que nous allons explorer dans cet article.

Les émotions

Les émotions : des guides invisibles dans notre cerveau

Nos émotions, qu’elles soient positives ou négatives, agissent comme des signaux qui nous aident à évaluer une situation. Elles sont souvent un moyen de nous faire réagir plus rapidement, sans avoir à réfléchir pendant des heures. Par exemple, si vous ressentez de la peur en voyant un danger, votre corps va automatiquement déclencher une réaction de fuite ou de combat, sans que vous ayez besoin d’analyser chaque option.

Dans le cadre de la prise de décision, ces signaux émotionnels influencent nos choix à un niveau plus profond que nous n’en avons conscience. Ils nous poussent à éviter certains risques ou à rechercher des situations qui nous procureront du plaisir et du bien-être. Par exemple, la joie ou l’excitation que nous ressentons devant un produit peut nous pousser à faire un achat impulsif, même si, rationnellement, nous n’en avons pas vraiment besoin.

Les émotions : un raccourci pour éviter la surcharge mentale

Le cerveau humain est constamment sollicité, avec des décisions à prendre à chaque instant, grandes ou petites. Si nous devions analyser chaque choix avec une analyse logique approfondie, cela serait épuisant et inefficace. C’est là que les émotions interviennent en tant que « raccourcis cognitifs ». Elles nous permettent de trancher rapidement, sans devoir passer par une longue réflexion.

Prenez l’exemple d’un choix entre deux restaurants : l’un offre une cuisine asiatique, l’autre de la cuisine française. Si vous avez passé une super soirée dans un restaurant asiatique par le passé, l’odeur ou la pensée de cette cuisine peut immédiatement déclencher une émotion positive, vous incitant à choisir ce restaurant. Cette émotion, liée à un souvenir agréable, devient un guide, un signal qui vous aide à trancher rapidement sans avoir à comparer les menus, les prix ou les avis en ligne.

Les biais émotionnels : quand nos sentiments déforment nos choix

Bien sûr, tout n’est pas toujours aussi simple et évident. Si les émotions nous aident parfois à prendre des décisions, elles peuvent aussi les biaiser. Par exemple, lorsqu’une personne ressent de la colère, elle peut prendre des décisions impulsives, sans vraiment réfléchir aux conséquences. Ce phénomène est lié au biais émotionnel, qui peut déformer notre jugement.

Les biais émotionnels peuvent prendre plusieurs formes :

  • Le biais affectif : On a tendance à faire des choix en fonction de nos sentiments envers une personne ou une situation. Par exemple, on pourrait choisir de travailler avec un collègue que l’on apprécie beaucoup, même s’il n’est pas le plus compétent pour la tâche à accomplir.
  • Le biais de confirmation : Lorsqu’une émotion (comme la peur ou la frustration) nous pousse à chercher des informations qui confirment notre état d’esprit, tout en ignorant celles qui le contredisent. Cela peut se manifester par exemple lorsqu’on adopte une attitude défensive face à une critique, en se focalisant uniquement sur les points négatifs.

Ces biais peuvent nous mener à des décisions qui, au final, ne sont pas les meilleures pour nous à long terme.

Le rôle de la peur et de l’anxiété dans les décisions

Parmi les émotions qui influencent grandement nos choix, la peur est sans doute l’une des plus puissantes. Elle peut nous protéger d’un danger immédiat, mais elle peut aussi nous paralyser dans des situations où il n’y a pas de menace réelle. Par exemple, la peur de l’échec peut nous empêcher de saisir une opportunité professionnelle, même si celle-ci pourrait nous apporter beaucoup à long terme. De la même manière, l’anxiété peut nous pousser à éviter des situations nouvelles et à rester dans notre zone de confort, même si ce n’est pas dans notre intérêt.

Les recherches en psychologie montrent que la peur peut nous amener à prendre des décisions basées sur l’évitement, plutôt que sur une évaluation rationnelle des risques. Par exemple : lorsqu’un individu évite de prendre une décision importante pour son avenir (changer de travail, déménager), simplement parce que l’incertitude liée à ce changement génère une anxiété trop forte.

Les émotions et les décisions éthiques

Nos émotions sont également au cœur de nos choix moraux. Elles jouent un rôle crucial dans la façon dont nous percevons les autres, comment nous réagissons à des injustices ou à des actions qui vont à l’encontre de nos valeurs. Des ressentis comme la culpabilité, la honte, l’empathie ou la colère peuvent influencer nos décisions de manière très profonde.

Par exemple, une étude menée par le psychologue Jonathan Haidt a montré que les décisions éthiques ne sont pas seulement le résultat de raisonnements logiques, mais aussi d’une intuition émotionnelle. Parfois, lorsque nous sommes confrontés à une situation morale complexe, nos émotions nous guident instinctivement vers une décision que nous jugerons par la suite comme « juste ». Il n’est donc pas rare que l’émotion précède la pensée rationnelle dans la prise de décision éthique.

Comment mieux comprendre l'influence des émotions sur nos décisions ?

Reconnaître l’impact des émotions sur nos décisions est un premier pas essentiel pour mieux les comprendre et, pourquoi pas, travailler avec elles. Voici quelques pistes pour y parvenir :

  • Prendre du recul : Lorsque vous êtes en train de prendre une décision importante, essayez de prendre quelques minutes pour réfléchir à l’émotion que vous ressentez à propos de cette décision. Est-ce la peur qui vous bloque ? La joie qui vous pousse à choisir une option impulsive ?
  • Analyser les conséquences : Demandez-vous si votre choix est motivé par une émotion qui pourrait disparaître avec le temps. Parfois, prendre une décision en état de colère ou de frustration n’est pas la meilleure approche.
  • Pratiquer la pleine conscience : La pleine conscience, ou mindfulness, permet de prendre conscience de ses émotions et de les observer sans jugement. Cette pratique aide à mieux comprendre comment nos émotions affectent notre pensée et, par conséquent, nos décisions.

Conclusion : les émotions, alliées ou ennemies de nos décisions ?

Les émotions peuvent à la fois favoriser et défavoriser nos processus décisionnels. Elles peuvent nous guider vers des choix rapides et efficaces, mais elles peuvent aussi brouiller notre jugement. En prenant le temps d’analyser nos émotions et de les intégrer à une réflexion plus consciente, nous pouvons apprendre à mieux les utiliser à notre avantage.

En fin de compte, il ne s’agit pas de bannir nos émotions des prises de décision, mais de les comprendre et de les équilibrer avec la réflexion rationnelle. C’est ce qui nous permettra de faire des choix plus éclairés et en accord avec nos valeurs profondes.

  • Antonio DamasioDescartes’ Error: Emotion, Reason, and the Human Brain (1994)
  • Gross, J. J.Emotion Regulation: Affective, Cognitive, and Social Consequences (2002)
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  • LeDoux, J. E.The Emotional Brain: The Mysterious Underpinnings of Emotional Life (1996)
  • Isen, A. M.Positive Affect and Decision Making (2001)

Cet article vous a-t-il aidé à mieux comprendre comment les émotions influencent vos décisions ? Si vous souhaitez être accompagné.e dans la gestion de vos émotions n’hésitez pas à me contacter via ce formulaire.